Dossier Toussaint

La dispersion des cendres en mer

Saviez-vous que si la dispersion des cendres s’effectue habituellement sur une pelouse du cimetière ou sur un terrain privé, elle peut également se faire dans les eaux territoriales belges? Une coutume de plus en plus fréquente et qui découle du lien émotionnel du défunt ou de la famille avec la mer.

Portée par des motivations philosophiques, financières ou tout simplement pratiques, la crémation séduit de plus en plus de familles depuis la fin du siècle dernier, au point d’avoir pris, dès 2012, l’ascendant sur l’inhumation en récoltant 52% des suffrages des Belges. Si la progression s’est quelque peu ralentie, elle n’en poursuit pas moins son petit bonhomme de chemin puisque la crémation est aujourd’hui choisie par un Wallon sur deux et par deux Flamands sur trois, tandis qu’elle atteint les 70, voire les 75% dans les grandes villes du pays.

Quelles destinations les cendres du défunt peuvent-elles prendre ? La législation belge autorise plusieurs solutions : les conserver dans une urne funéraire qui sera enterrée dans un caveau ou placée dans un columbarium au cimetière, les disperser sur une pelouse du cimetière prévue à cet effet (la pelouse cinéraire) ou sur un terrain privé moyennant l’autorisation écrite du propriétaire, ou encore dans les eaux territoriales belges.

Si cette dernière solution est un peu plus onéreuse puisqu’il convient d’inclure dans le coût la location du bateau et du personnel de bord, le prix reste abordable. Ainsi, Endlis, le leader du marché belge qui avance aujourd’hui le chiffre de 450 dispersions par an au départ de plusieurs communes côtières (Blankenberge, Zeebrugge, Ostende et Cadzand), demande 350 euros pour un service collectif et 825 euros pour un service individuel (voir plus loin).

Un acte empreint de solennité

De prime abord, on pourrait penser que ceux ou celles qui optent pour de tels adieux sont des marins ou des familles de marins. Mais il n’en est rien, comme l’explique Michel Seeger, le directeur de l’entreprise ostendaise. « Ces gens là ne veulent pas que leurs cendres soient dispersées dans la mer car celle-ci reste à leurs yeux une source d’incertitudes et de dangers. Ce choix émane plutôt de personnes qui ont un lien avec la mer, comme celles qui louent chaque été un appartement à la Côte afin d’y passer leurs vacances en familles. La dispersion des cendres du défunt dans l’eau est un acte différent, personnel, empreint de davantage de solennité. C’est une façon digne et émouvante de prendre congé de l’être cher et d’honorer sa mémoire. C’est un voyage vers l’infini et en toute liberté à travers mers et océans. Le défunt flottera éternellement dans les pensées de chacun. »

Une urne biodégradable

Concrètement, la famille choisit le jour et l’heure de la dispersion en concertation avec l’entreprise (il faut que les prévisions météorologiques soient favorables) et confie le transport des urnes jusqu’à la Côte à l’entrepreneur des pompes funèbres ou s’en charge elle-même. Après réception des cendres par Endlis, celles-ci sont transférées par l’ordonnateur de cérémonie dans une urne biodégradable. L’entreprise en propose plusieurs types, allant des urnes “slow goodbye” (qui continuent de flotter pendant 5 à 10 minutes et se remplissent peu à peu d’eau avant de se décomposer) à des modèles qui coulent immédiatement jusqu’au fond de la mer avant de s’ouvrir.

Une cérémonie personnalisée

« Tous les détails relatifs à la procédure de dispersion sont discutés préalablement avec notre maître de cérémonie de sorte que chaque famille s’embarquera avec la certitude d’avoir une cérémonie unique répondant pleinement à ses souhaits », assure le directeur. Comme nous possédons plusieurs types de bateaux de capacité différente, elle peut par exemple décider que celle-ci s’effectuera en toute intimité ou en présence de nombreuses personnes. Si aucun proche n’accompagne les cendres, celles-ci seront déposées en mer en silence avant que le capitaine ne rende un dernier hommage. »

Le jour de l’immersion, l’urne est respectueusement amenée à bord et est installée en un lieu spécifique sur le pont. Les fleurs et les couronnes de petite taille peuvent également y être déposées à condition qu’elles se composent de matières naturelles (pas de plastique, métaux, rubans en PVC, mousse synthétique…). Une fois arrivé à l’endroit de la dispersion, une courte cérémonie a lieu, ponctuée de discours. Après un dernier adieu, l’urne est déposée en mer et les fleurs dispersées autour de celle-ci. L’équipage fait alors résonner à huit reprises la cloche de l’embarcation – une tradition maritime – afin de symboliser les adieux en mer. Le navire tourne ensuite autour du lieu de dispersion, en silence ou en musique. Enfin, le drapeau hissé au sommet du mât, il rend un dernier hommage au défunt en lançant trois longs coups de corne de brume et revient à quai.

Services simples ou collectifs

Un service individuel classique dure environ une heure, de l’embarquement au débarquement. Toutefois, la durée peut varier en fonction du port, de la zone de navigation, de la zone spécifique de dépôt des cendres et des services additionnels prévus.

« A la demande des crématoires et de certaines familles, nous organisons régulièrement plusieurs dispersions de cendres au cours d’une même traversée, ajoute M. Seeger. Les urnes sont alors respectueusement déposées en mer l’une après l’autre et seul un nombre restreint de proches est admis à bord. Bien sûr, dans ce cas, le cérémonial pour chaque famille sera écourté. »

Des sorties lors de la Toussaint également

A noter que, depuis peu, la législation au nord du pays autorise également la dispersion des cendres dans l’Escaut au départ d’Anvers, mais uniquement dans la partie du fleuve située en face de la ville. « Ces demandes émanent bien sûr des Anversois lesquels ont des liens très étroits avec l’Escaut. Mais il est difficile d’avoir de l’intimité à cet endroit, de sorte que la cérémonie n’a pas la même solennité qu’en pleine mer. »

Enfin, Endlis propose également depuis six ans des cérémonies collectives de commémoration durant la semaine de la Toussaint. « C’est comme une visite dans un cimetière. De la même façon que les gens qui s’arrêtent devant chaque tombe, le bateau fait halte à l’endroit précis de chaque lieu de dispersion de façon à permettre aux membres de la famille de se recueillir et d’y disperser quelques fleurs. »