Dossier Toussaint

Comment accompagner le deuil périnatal ?

Qu’il s’agisse d’une mort fœtale in utero ou d’une interruption médicale de grossesse, la mort d’un bébé est une véritable épreuve dans la vie d’un couple. Voici quelques pistes qui pourraient s’avérer très utiles sur la route du deuil périnatal.

« Parler des bébés morts, pendant la grossesse ou tout juste nés, n’est pas un sujet facile à aborder. Alors que le bébé occupe une place centrale dans notre société, de façon paradoxale sa mort avant terme reste un sujet tabou », relève la pédopsychiatre et psychanalyste Marie-José Soubieux, qui a travaillé plus de douze années à l’Institut de Puériculture et de Périnatalogie de Paris. « La mort prénatale a un impact sur toute la famille, les enfants aînés mais aussi les grands-parents et les enfants à venir. Il s’agit d’un deuil bien particulier, contraignant les couples, au-delà de leur douleur indicible, à entreprendre un voyage psychique effrayant et totalement inédit. Comment imaginer la mort à tout jamais de cet enfant tant attendu, rêvé depuis l’enfance et disparu sans avoir vécu? Comment renoncer à celui qui devait assurer l’immortalité et la continuité dans la chaîne des humains? »

Morceau de chair, fœtus ou bébé ?

Dans ses réflexions, la pédopsychiatre note que le travail d’élaboration de la mort du fœtus dépend du statut donné à celui-ci et peut donc être très différent d’un couple à l’autre. « Cet enfant du dedans qui ne connaîtra pas le dehors n’est pas toujours considéré comme un bébé. Au delà des débats philosophiques et religieux, la question du statut de l’embryon et du fœtus est avant tout celle de la représentation qu’en ont les parents. Statut incertain, variable selon le projet porté par le couple, lui-même en lien avec l’histoire personnelle, la structure psychique de chacun et le vécu de la grossesse. Pour certains, il s’agit d’un bébé même à un terme très précoce de la grossesse, pour d’autres il restera toujours un fœtus. Parfois il est réduit à rien ou à un morceau de chair, parfois il peut devenir un monstre persécuteur… »

Et Marie-José Soubieux de citer l’arrêt prononcé, le 6 février 2008, par la Cour de cassation française, qui permet la déclaration à l’état civil d’un fœtus « né sans vie » quels que soient son poids et la durée de la grossesse. « Si cette nouvelle a semé le trouble dans la société, notamment dans les mouvements féministes inquiets d’une possible remise en cause du droit à l’avortement, elle a eu le mérite de souligner la nécessité d’un vrai débat autour de la question de la mort des fœtus et de la souffrance des parents. Cependant, imposer la reconnaissance d’un enfant sans vie pourrait être d’une grande violence pour des couples qui ne l’ont pas encore investi comme tel. Faire comme si l’enfant n’avait pas existé, ne pas regarder cette mort en face, c’est peut-être leur seul moyen trouvé pour survivre à ce drame. »

Construire des souvenirs plutôt que des remords

Bruno Fohn, psychologue exerçant à l’hôpital CHR de la Citadelle à Liège, estime au contraire que la première étape dans le processus du deuil consiste à mener sa grossesse jusqu’au bout. « Il est capital de considérer cet enfant disparu, d’en parler, de lui donner une existence. De mettre des mots sur la souffrance. Cet enfant représente vraiment une part importante pour les parents. Voilà pourquoi nous parlons de construire des souvenirs plutôt que des remords. Peut-être que cela peut aider un père et une mère de voir l’enfant, l’habiller, l’inhumer. Cela va concrétiser ce passage. Le deuil est peut-être plus facile à encaisser s’il est concret. Il est notamment conseillé de lui donner un prénom, de le faire apparaître dans le livret de famille : il n’est pas vain de donner une vraie place à ce bébé parti trop tôt. »

Une piste que suggère également Martine Donck, la responsable de l’association « Parents Désenfantés », dont le siège est à Ottignies-Louvain-la-Neuve. « Dans le cas d’un deuil périnatal, il n’y a pas de souvenirs et pas d’histoires. Il faut donc élaborer cela. Il existe par exemple des ateliers qui aident à passer ce cap en proposant des activités manuelles, comme la manipulation de la terre afin de recréer le bébé ou de recréer un petit service funéraire… Il faut aussi essayer de rendre confiance à la maman qui a l’impression que c’est son corps qui est fautif. Idem avec le papa qui a été impuissant à aider son épouse. Ils doivent donc se retrouver et en parler avec d’autres parents qui ont vécu la même chose et éprouvent la même souffrance. »

L’indifférence de l’entourage

Cela nous amène à la réaction de l’entourage. La sollicitude et la compassion qui entourent habituellement les endeuillés ne sont-elles pas les grandes absentes de cet événement ? Trop souvent, semble-t-il, l’indifférence est de mise. « L’entourage du bébé n’est évidemment jamais préparé à vivre un tel épisode, explique Bruno Fohn. Ce qui est complexe, c’est que cet enfant a une présence déjà très forte pour le papa et la maman, moins pour le reste de la famille. Véritable décalage, donc. Et bien souvent, par protection, les proches ont souvent tendance à banaliser la perte de ce bébé. Des mots comme « Tu es encore jeune, ça ira » ou « Allez, c’est pas si grave, il valait peut-être mieux que ça se passe comme ça », sont vécus comme une violence par le père et la mère du défunt périnatal. Parce qu’on ne reconnait pas sa trace et que l’on donne l’impression de mépriser ce qu’ils sont en train de vivre ».

Parents pour toute la vie

Quant à l’après, certaines mamans peuvent être tentées par une nouvelle grossesse très rapidement après le décès de l’enfant. Les médecins leur recommandent généralement d’attendre neuf mois, pour que leur corps se remette. « Avant d’envisager une nouvelle grossesse, il est en effet vivement conseillé de passer par un vrai travail de deuil qui permettra d’accepter le départ de l’enfant, expose le psychologue. Le bébé suivant ne doit pas prendre la place du premier. Il ne faut pas que la maman projette ce lourd fardeau sur l’enfant à venir. Mieux vaut éviter de lui donner le même prénom : il ne doit pas jouer le rôle de remplaçant. »

« Attention, prévient Martine Donck, avoir un autre enfant n’aide pas à faire son deuil. Nous avons eu le cas de parents qui sont revenus nous voir parce que l’enfant mort reprenait le dessus. »

D’où la pertinence de cette remarque de Pascale Gustin, psychologue elle aussi : « Le vécu de certains parents en deuil périnatal va colorer pour toujours leur expérience de la parentalité. Toute petite soit-elle, celle-ci les a rendus parents pour toute leur vie, ils le sentent et le reconnaissent, on ne peut pas leur enlever cela ! »

Sources :

https://www.laligue.be/leligueur/articles/comment-accompagner-le-deuil-perinatal

http://www.yapaka.be/thematique/deuil-perinatal

« Il suffit de penser à moi et je suis là… »
« C’était triste et beau à la fois, un bébé qui dort paisiblement à jamais.Merci Papa, Maman d’avoir fait ce bout de chemin avec moi.Vous êtes si courageux : avancer à petits pas même si à chaque fois vous craignez de trébucher.Je sais que pour vous le chemin ne sera pas facile. Il y aura des "Ce n'est pas grave" et des "Tu en auras d’autres" qui blessent, mais il y aura aussi ceux qui sauront ouvrir leur cœur et dire simplement "Je suis là avec vous, vous n’êtes pas seuls"…Papa, Maman, n’ayez pas peur de vous souvenir même si parfois cela fait mal; l’espoir est là. Une éclaircie entre les nuages et un sourire entre vos larmes, en souvenir de tous ces moments que nous avons vécus ensemble.Notre lien est spécial, l’amour ne compte pas le nombre des années.Parfois, en regardant le ciel, les étoiles, vous sentez comme un lien invisible, je suis à vous pour toujours.Vous qui ne pensiez pas pouvoir aimer comme ça, votre cœur s’est ouvert à tous les possibles, aucun amour n’est perdu.Vous êtes si courageux mais, si parfois vous perdez espoir, il suffit de penser à moi et je suis là… » (Extraits lus par Lilia, une bénévole de l’association « Pieds par Terre, Cœur en l’Air », lors de la journée internationale du deuil périnatal, le 15 octobre 2017).