La seule université qui ne délivre pas de diplômes

L’université du « troisième âge », du « temps libre », de l’« âge d’or », qu’importe l’appellation. Les activités pour les seniors qui veulent continuer à s’instruire ou à s’occuper ne manquent pas.


Par Christian Sonon

Des cours de langues, d’histoire, d’informatique, de multimédia… On peut (presque) tout y faire, même du Oigong…

Le troisième âge n’est pas celui où il faut laisser tomber les bras et rechercher ceux des autres. C’est, au contraire, une époque de la vie où l’on peut encore réagir et continuer à s’assumer. Le rôle de l’UTAN, l’Université du Troisième Age de Namur, consiste ainsi à prouver que la personne retraitée ou préretraitée n’entame pas une longue descente vers l’isolement et la désocialisation mais qu’elle peut se maintenir encore longtemps à un bon niveau intellectuel et physique. Depuis un peu plus de 40 ans, cette « université », qui ne délivre aucun diplôme mais qui peut attester du plein épanouissement de ses membres, propose un large éventail d’activités pédagogiques dans des disciplines littéraires ou scientifiques, ainsi que de multiples activités culturelles et sportives.

Au fil des ans, l’UTAN, qui rassemble aujourd’hui quelque 4 000 membres, a donné naissance a des antennes, à Andenne, Bièvre, Ciney, Éghezée, Gembloux et Jemeppe-sur-Sambre. Des antennes qui ont parfois abandonné le terme « troisième âge », puisque les activités sont ouvertes à tous et toutes quel que soit leur nombre de printemps.

Ainsi, à Gembloux, où la section s’est créée en septembre 2014 à l’initiative de membres du Conseil consultatif communal des Aînés

« L’Âge d’Or » avec le soutien de la Ville, les responsables ont opté pour l’Université du Temps de l’Âge d’or (UTAG).

Des étudiants modèles… ou presque

« Nous avons démarré avec des cours d’anglais, de wallon, d’espagnol, de nouvelles technologies et de Qigong (NDLR : pratique millénaire chinoise visant à fortifier la santé), des ateliers de cuisine, des après-midi de jeux de société et des balades mensuelles thématiques, explique Liliane Roland, l’une des responsables. Pour répondre aux demandes, nous avons ensuite ajouté des cours d’allemand et d’italien, des ateliers de cuisine et de chants, du stretching et de la danse. En quatre ans, nous sommes ainsi passés de 107 à 212 inscriptions. Nos professeurs sont généralement des anciens enseignants qui aiment ce qu’ils font. Des gens compétents et passionnés. »

Il faut dire qu’ils exercent ici sans stress : pas de chahut dans la classe, pas de têtes penchées sur les smartphones sauf lors du cours de nouvelles technologies , pas de chewing-gums prêts à éclater : les gens viennent parce qu’ils veulent entreprendre une activité intellectuelle, physique ou ludique tout en favorisant les contacts sociaux.

« Tout au plus faut-il parfois leur demander d’être un peu plus attentifs, car beaucoup sont des adeptes de la papote ! », sourit la responsable.

Les profs sont généralement d’anciens enseignants

qui aiment ce qu’ils font, compétents et passionnés.

Corine à la chorale, en balade, à la cuisine

Parmi les membres, il y a quelques assidus. C’est ainsi que Corine est inscrite à la chorale, au cours d’italien, aux jeux de société, aux ateliers de cuisine et aux balades. Et parce qu’il subsistait encore des « trous » dans sa semaine, elle suit également des cours de Zumba dans une école de danse à Perwez, travaille comme bénévole à la clinique Saint-Luc (Bouge) le vendredi matin et fait partie du comité Télévie de Perwez. Ah ! on allait oublier : le mercredi, elle file à Bruxelles afin de s’occuper de ses petits-enfants. Si ce n’est pas cela une seniore active…

« Que voulez-vous, j’habite à la campagne, à Ramilies, et si je ne vais pas à la rencontre des gens, je ne verrai jamais personne ! » Et cette ancienne secrétaire de direction à la police fédérale d’expliquer :

« En 2015, sitôt pensionnée, je me suis renseignée sur les possibilités d’activités dans la région. La structure à taille humaine de l’UTAG m’a séduite. J’ai commencé par les jeux de société afin de faire des rencontres et tout s’est enchaîné. Pourquoi les balades ? Parce que j’aime la nature et que je peux y emmener mon chien. L’italien ? Parce que ma petite-fille est d’origine italienne de par son père et que c’est une manière amusante de converser avec elle. La cuisine ? Cela me permet d’apprendre car je ne suis pas très douée et l’ambiance est super. La chorale ? J’ai toujours aimé chanter, ça défoule… »

Un panel de motivations qui, toutes, convergent vers le même but : « Maintenir une qualité de vie », résume Corine.

Les petits-enfants, les alliés des smartphones

Dépassés par les nouvelles technologies, les seniors ? Allons donc, vous ne retarderiez pas un peu ? À l’UTAG, à l’heure du cours d’André Bihain, informaticien converti en professeur, on ne compte plus les têtes grises scotchées au (tout) petit écran. Et devinez ce qui pousse ces retraités à retourner sur les bancs de l’école ? Leurs petits-enfants, évidemment. Ou plutôt la perspective de pouvoir communiquer à tout moment avec eux, même s’ils sont à l’étranger. Une motivation de nature à réactiver les neurones des mamies et papis !

« Grâce à ces explications, je peux maintenant suivre les activités de mes petits-enfants sur les réseaux sociaux sans avoir besoin d’ordinateur, explique Anne-Marie, qui avoue avoir toujours son smartphone à portée de main. J’en ai même acheté un deuxième qui fait des meilleurs « selfies », ainsi je peux me photographier avec eux ! » « Moi, je communique avec mes enfants et petits-enfants via WathsApp, lance Rose-Marie, fièrement. Ils m’envoient des photos et des vidéos depuis la Suisse. Et maintenant je vais mettre tout cela sur une clé USB. »

« Attention, pour cela, il faut que vous ayez au minimum la version 6 d’Androïd, sinon vous devrez passer par votre ordi », prévient André Bihain, qui en termine ce lundi avec la troisième leçon consacrée aux smartphones et qui enchaînera avec les ordinateurs. « Je vais peut-être doubler, car j’ai raté une leçon, chuchote une dame. Je suis venue par erreur avec le smartphone de ma fille. Il est pareil au mien sauf que tout est en anglais, ce qui fait que je ne comprends rien. »

« Moi, je connais une application qui fait la traduction, réagit une voisine. Je l’utilise parfois quand je tombe sur un site en anglais. »

« Ce sont bien souvent leurs enfants qui ont configuré leur smartphone mais ils ont omis de leur expliquer comment l’utiliser, nous souffle le professeur. Je leur montre donc son fonctionnement général, comment envoyer des mails, aller sur le net et télécharger des applications. Le plus difficile est d’acquérir la confiance nécessaire pour oser se lancer. Mais ils apprennent vite. Certains savent déjà utiliser leur smartphone pour faire leurs courses ou réserver leurs billets d’avion… » Il s’interrompt car un monsieur lui demande quelle application lui permettra de suivre le GSM de son épouse. « Vous voulez la filer ? », s’inquiète le professeur. « Non, elle l’a perdu dans la forêt et nous aimerions le retrouver ! » Sourire d’André Bihain, qui confie : « Je ne leur donnerai jamais mon numéro de téléphone de nuit, sinon je ne dormirai plus ! » C.S.