Des Restos du Cœur à la Croix-Rouge :
« Je ne suis pasun bon samaritain »

Fraîchement pensionné, Elis Barbieri, 65 ans, s’investit désormais pleinement pour la Croix-Rouge. Un engagement né il y a quelques années et nourri par les épreuves de la vie.

Par Maude Destray

Elis Barbieri, debout au centre, apprécie particulièrement le contact. Le partage est une valeur essentielle à ses yeux.© Thomas Vanden Driessche

« J’étais à la recherche de quelque chose.
Ce n’était pas une volonté de donner mais un désir de recevoir. »

Aujourd’hui, il est président de la Maison Croix-Rouge de Namur. Pourtant, rien ne laissait présager qu’un jour Elis Barbieri embrasserait cette vie. Père de famille épanoui, il est aussi « un chef d’une entreprise qui marche bien » lorsqu’il découvre en 2011, qu’il est atteint d’un cancer. « Tout allait bien jusqu’au jour où ça n’allait plus. J’ai eu cette maladie et tout le parcours qui va avec. S’en sont suivies cinq années de revalidation, tant physique que morale, de trajets. Pendant cinq ans, la seule chose que j’avais à faire était de me soigner. J’aurais dû mourir. Ça n’a pas été le cas. »

Combattre l’ennui

Durant cette période, l’ennui devient vite son pire ennemi. « Je ne supportais pas de ne rien faire. Dès que j’ai récupéré suffisamment de capacités physiques et intellectuelles, il fallait que je fasse quelque chose. Je voyais la vie différemment aussi… Je voulais trouver une activité utile. Je n’avais plus d’entreprise, je n’avais pas envie de me relancer, j’allais bientôt être pensionné. Il n’était pas question de regarder ma pelouse pousser. Je me suis inscrit comme bénévole pour les Restos du Cœur en 2015. »

Elis Barbieri n’a guère d’affinités particulières envers cette association, il veut simplement trouver du sens et il apprécie leurs actions. « Je voulais être utile à la communauté. Mais ce n’est pas tout, je pense que comme pour la majorité des bénévoles, peut-être pour 99,99 %, j’étais à la recherche de quelque chose. Ce n’était donc pas une volonté de donner mais un désir de recevoir. Je ne suis pas un bon samaritain, je n’ai pas cette personnalité-là. J’aime le partage, j’aime ce que je reçois, ça m’apporte beaucoup de bonheur. Évidemment, je ne m’en rends compte qu’avec le recul. »

Du temps à revendre

Deux fois par mois, il distribue des petits-déjeuners aux plus démunis. Mais c’est loin d’être suffisant pour cet hyperactif, il recherche plus d’échange et du temps et de l’énergie, il en a à revendre. « Cette expérience a été très enrichissante. C’est la première fois que j’étais en relation directe avec les sans-abri et les groupes précaires. Je ne les avais jamais rencontrés avant. C’était un premier contact et une réalité brutale. C’est confrontant. On se rend compte de leurs conditions de vie, de notre impuissance et de la complexité de leur situation. Mais ce n’était pas suffisant, je n’étais pas assez actif. Alors j’ai cherché autre chose. »

Elis Barbieri se renseigne, s’informe, et se dirige finalement vers une grande organisation bien connue : la Croix-Rouge. « Ils faisaient plein de trucs, y’avait forcément quelque chose pour moi. Je suis allé à une séance d’informations sur les maisons Croix-Rouge afin de devenir bénévole. Je ne pouvais pas du tout m’attendre à ce qu’il s’est passé ensuite… »

Un coup du destin

Lors de cette séance d’information, le formateur propose à Elis Barbieri un incroyable challenge : celui de remettre sur les rails la Maison Croix-Rouge de Namur. « Lorsqu’il a vu mon background, – il faut savoir que pendant 16 ans, mon métier c’était de faire du redressement d’entreprise et de la gestion de crises – il a pensé que c’était dans mes capacités de reprendre le poste de responsable. » À ce moment, la Maison est en posture délicate, sous tutelle, les troupes sont découragées. Elis y réfléchit puis accepte la mission.

« On n’est pas dans le commercial mais ça me semblait être dans mes cordes, je me sentais apte. J’ai trouvé ça génial de pouvoir mettre mes connaissances à disposition. » Elis Barbieri gère désormais tous les bénévoles et les activités liées à la Maison Croix-Rouge. La mission première d’une Maison Croix-Rouge ? Venir en aide aux plus démunis, localement. Aussi, ils vendent des produits et services dans le but de mener à bien cette mission. Si le poste enthousiasme Elis Barbieri, il conclut dès le départ de proposer son aide à mi-temps seulement. Pour ne pas se laisser déborder.

Fixer des limites

« C’est une occupation très enthousiasmante. Et je ne compte certainement pas m’arrêter tout de suite parce que je m’amuse trop ! Mais je me ménage des plages libres. » Être dépassé, c’est ce qu’il cherche à tout prix à éviter. Pas question pour cet homme de se laisser envahir par son bénévolat ou de finir par s’engager par obligation. « C’est très important de fixer des limites dès le départ. On s’engage pour une heure, deux heures ou plus mais il faut savoir, sentir de quoi on n’est capable. Si un jour, vous venez avec les pieds de plomb ou parce que vous vous sentez obligé, tout le monde est perdant. »

Le don de soi, de génération en génération

Michel Jonard, 74 ans, est vendeur bénévole pour les Îles de Paix. Cet engagement, il le tient de sa mère. Active dès les débuts de l’association, elle réquisitionne ses sept enfants pour lui prêter main-forte. À 18 ans, Michel Jonard devient officiellement membre des Îles de Paix. Il n’a plus jamais arrêté depuis. Sa mère aura travaillé avec eux jusqu’à ses 95 ans, peut-être en sera-t-il de même pour Michel…

Responsable de la cellule gembloutoise des Îles de Paix jusqu’à l’année passée, ce sont désormais son fils et sa belle-fille qui ont repris le flambeau, lui continue de s’occuper de la comptabilité et a repris ses fonctions des débuts, celles de vendeur de modules. « Je fais la sortie des magasins, des églises. Et tant que je peux le faire, que ma santé le permet, je continuerai ! Je pense que c’est bien de consacrer une partie de son temps à de l’aide humanitaire. Toute ma vie, j’ai voulu montrer à mes enfants l’importance de le faire et les voir continuer, ça me fait plaisir. Mais si mon fils ne m’avait pas proposé de reprendre la gestion, j’aurais continué avec plaisir. » Profondément attaché aux Îles de Paix, Michel Jonard investit un peu de son temps chaque année pour participer à des projets auxquels il croit. « L’idée si originale des Îles de Paix et reprise aujourd’hui par beaucoup d’associations, c’est d’apprendre à des gens qui vivent dans la misère la plus totale de se développer seul et d’acquérir une autonomie. On ne leur donne pas des choses, on leur apprend à faire ces choses. C’est incroyablement impressionnant de voir comment certains villages se sont développés et à quel point la population est impliquée dans ces projets. »

Rester actif, malgré la retraite

Au-delà de son affection toute particulière pour cette association et le lien qui les unit, Michel Jonard a décidé de continuer son travail de bénévole pour rester actif et garder des contacts avec le reste de la population. « Une fois pensionné, à part la famille, les enfants et les petits-enfants, on ne voit plus grand monde. Le bénévolat, ça me permet de voir d’autres personnes, de discuter, on garde une place dans la société. Ici, on me connaît comme le Monsieur Île de Paix. Puis vous savez, maman a vécu jusqu’à 101 ans, c’est peut-être ça aussi qui l’a maintenue en forme ! » – M.Dy.

Michel Jonard