Derrière les fourneaux, pour un moment encore

Pendant 21 ans, Christiane et Willy ont été les heureux gérants du Bon Vin.Ils auraient pu s’arrêter là… Mais Christiane a décidé de renfiler le tablier pour un nouveau projet : Le Petit Cocq.

Par Maude Destray

Photo : William Dubuisson
C’est au cœur même de leur maison que Chrisitiane recevra désormais ses clients. Willy, lui, ne sera là que pour l’épauler de temps en temps.ÉdA/M.Dy.

Entre Christiane et la cuisine, c’est une longue histoire d’amour : « J’ai toujours eu la casserole qui démangeait ! »

Qu’on se le dise, travailler dans le secteur de l’Horeca, c’est compliqué. Sans cesse en quête de la satisfaction du client, les horaires sont interminables et le métier pénible. Mais bien souvent, derrière ces hommes et femmes qui embrassent cette voie, il y a un véritable amour de la profession. C’est le cas de Christiane et Willy Delcourt. Elle aux fourneaux, lui au bar, pendant 21 ans, ils ont officié ensemble au Bon Vin à Namur. L’aventure a pris fin en septembre dernier. L’âge de la retraite avait sonné et surtout le bail touchait à sa fin…

La passion de la cuisine

« On avait déjà pensé à s’arrêter avant mais on a trouvé personne pour reprendre l’affaire. Puis, c’est simple, un jour on a décidé de regarder notre bail, il prenait fin deux jours plus tard. Soit on arrêtait, soit on rempilait pour trois ans. Il se trouve que je devais me faire opérer du genou… Puis, j’étais tellement fatiguée. C’est un métier difficile. On a choisi d’arrêter », nous explique Christiane. Et pourtant, dans la foulée, elle décide de se lancer un nouveau défi. Celui d’ouvrir son propre restaurant, dans sa maison. Un projet auquel adhère Willy, même si lui ne se contentera que d’un coup de main ponctuel. « C’est pas suffisant la pension ! Il fallait bien continuer à travailler. Enfin, si on veut vivre confortablement en tout cas. Puis moi, j’ai toujours eu la casserole qui démangeait ! », poursuit Christiane. Amoureuse de la bonne cuisine et pas prête pour la retraite, elle décide de créer Le Petit Cocq.

Au-delà de l’aspect purement financier, il y a évidemment cette envie de partager à nouveau ses plats. Le contact avec les clients lui manque. Mais il y a aussi le besoin de rester actif. « C’est pas bon de s’arrêter d’un coup ! On vieillit subitement et on se découvre des maladies. Puis quand même, elle avait son plan de travail face au trottoir, tout le monde venait lui parler, ça lui manque ce contact », intervient Willy. « C’est vrai, au début ça allait, mais ça commence tout doucement à faire long… Puis, on est relativement en forme et on veut que ça continue. C’est sûr que c’est une manière de conserver un lien social. »

Son bébé à elle

Si Willy sera présent ponctuellement pour épauler son épouse ou pour conseiller les clients sur le rouge à choisir, Le Petit Cocq, c’est avant tout le projet de Christiane. Et elle compte bien repartir sur les bonnes bases qui ont fait le succès de leur précédent restaurant. Le Bon vin est encore repris cette année dans le guide gastronomique Gault et Millau. Aucune raison que le niveau baisse ! Ce que propose le chef, c’est une cuisine essentiellement composée de produits bio et locaux. « J’aime faire plaisir aux gens avec les goûts. Rendre ce qu’on a appris, c’est important. C’est pour ça que j’utilise des ingrédients de qualité dans une cuisine traditionnelle et authentique. Puis on est adepte de la slow food aussi qui invite à se tourner vers des aliments propres, proches et justes. » Pour assurer la bonne gestion du nouveau restaurant, Christiane devrait se cantonner à 20-22 couverts.

« Pour le service, on envisage sérieusement le self même si rien n’est encore acté… »

© ÉdA – Jacques Duchateau

Une reprise en douceur ?

Actuellement en pleine transformation, le nouveau restaurant devrait ouvrir ses portes d’ici le mois de janvier. Pourtant aucune pression pour Christiane. Quand on lui demande si ça ne lui fait pas peur de se lancer dans un nouveau projet à cet âge, elle répond sans hésitation : « Pas du tout. Pourquoi je devrais avoir peur ? La clientèle me réclame. On reçoit plein d’appels encore pour réserver une table ou pour savoir quand ouvrira Le Petit Cocq. Et puis surtout, on touche quand même notre pension, donc c’est une garantie. » Pour Willy, l’appréhension est identique, et proche de zéro. « On a beaucoup de clients fidèles, on est bien situés (rue Henri Lecocq, d’où le nom du restaurant), il n’y a pas de raison d’avoir peur quand on sait qu’on a déjà une clientèle. » Et même si Christiane nous parlait de sa fatigue dans les dernières années du Bon Vin, celle-ci semble s’être évanouie. « Bien sûr, j’étais épuisée. Mais au final, on recommence parce que c’est ce qu’on aime faire. C’est une chance. Et puis, ce n’est pas la même chose. Je suis à la maison, il y aura moins de couverts et ça n’ouvrira que du mardi au vendredi midi avec un lunch et sur réservation. C’est nettement moins contraignant. » Les horaires à rallonge seront de l’histoire ancienne, Christiane veut la jouer en douceur. « Je ne ferai plus 70 heures par semaine. Ce sera beaucoup plus cool. » Willy ne peut toutefois pas s’empêcher de noter que « c’est aussi tout à fait possible qu’elle accepte des réservations le week-end ! » et Christiane de rajouter : « Et on se disputera à ce sujet ». – M.Dy.

"J’aime faire plaisir aux gens avec les goûts.
Rendre ce qu’on a appris, c’est important."