Jusqu’à 10 chutes libres chaque jour,
à 76 ans


« Gamin, je prenais un petit soldat de plomb, des bouts de ficelle et un mouchoir, puis je m’amusais avec.»

Depuis le 31 juillet 1960, date de son premier saut,il ne s’est pas passé une année sans que Jean-Pierre Dechêne (76 ans), cet ancien ingénieur de Pepinster,ne saute en parachute.

Nous sommes sur les hauteurs de Spa, en bord de piste de l’aérodrome de la cité thermale. Pas d’avions en vol. Ce matin, des manœuvres militaires ont provoqué la fermeture du ciel ardennais.

Jean-Pierre Dechêne, 76 ans, est là, en attente de son premier saut de la journée. Des tas de choses sont encore à préparer. Dans l’équipe du « Skydivespa », il est l’un des vidéastes. Il est chargé d’immortaliser les appréhensions et les joies de ceux et celles qui viennent s’essayer à la chute libre en tandem. C’est-à-dire avec un moniteur « sur le dos ». Poignée ferme, œil malicieux, il salue tout le monde. Collègues comme clients, venus de Belgique, mais aussi d’Allemagne et de Hollande.

Puis il se raconte...

« J’ai toujours aimé les parachutes, démarre-t-il, ouvrant la boîte à souvenirs de son enfance. Gamin, je prenais un petit soldat de plomb, des bouts de ficelle et un mouchoir, puis je m’amusais avec. Difficile à expliquer d’où cela venait. Mais c’était tellement fort que dès que j’ai eu l’âge légal de sauter, c’est-à-dire à 18 ans, je suis monté dans un Fielerstorch (NDLR : avion d’observation de la Luftwaffe - Storch = cigogne en allemand) et je suis devenu parachutiste en sortant alors qu’il était en l’air... »

Toujours avec son parachute à l’étranger

C’était le 31 juillet 1960. Les parachutes étaient ronds, comme de grands champignons. La vitesse d’approche au sol était bien plus élevée qu’aujourd’hui. Depuis, tout a bien évolué. Matériel de saut, l’électronique, les avions d’embarquement… Jean-Pierre aussi. Mais toujours, comme une passion tenace, le parachutisme l’a accompagné. « Il ne s’est jamais passé une année au cours de laquelle je n’ai effectué aucun saut. Lorsque je partais à l’étranger pour le travail (NDLR : il était ingénieur dans le domaine du textile, jadis grand pourvoyeur d’emplois dans la vallée de la Vesdre), je prenais avec moi mon parachute. »

Très vite il a fait de la chute libre. Puis des sauts en groupe, des sauts de précision.

« Un saut, c’est bizarre comme sensation, explique-t-il. Vous avez d’abord le bruit de l’avion, assourdissant. Puis, d’un coup, le silence. Ce changement est très brusque. Il y a une belle dose d’adrénaline. Et l’adrénaline, c’est addictif. Quand on n’a pas pris sa dose pendant 15 jours, on n’est pas bien... »

Il totalise près de 7 000 sauts

Du coup, Jean-Pierre saute le plus souvent possible. Pendant la belle saison d’été, il est presque 7 jours sur 7 à l’aérodrome. Il fait partie des meubles, comme on dit. Il fait le « job », mais il est aussi administrateur du club et à la Fédération. Malgré son âge, il lui est arrivé de faire dix sauts dans la journée. À peine les pieds au sol qu’il file enregistrer les images qu’il vient de filmer, avant de se préparer pour remonter dans l’avion suivant. « Cette année est ma plus belle, sourit l’homme de Pepinster. Début octobre, je comptabilisais déjà près de 500 sauts. Car oui, on tient une espèce de comptabilité des sauts. Depuis 1960, j’en suis à quelque 7 000 sauts, dont 99 % en chute libre. »

Jusqu’où ira-t-il ? « Jusqu’au bout, fuse la réponse. Je n’ai jamais envisagé, et je n’envisagerai jamais le dernier saut. Celui-ci ne sera pas planifié. Le “ stop ” viendra peut-être du médecin. Chaque année, nous devons passer une visite médicale. Chaque année, je suis suspendu aux lèvres du docteur, dans l’attente du oui libérateur. C’est surtout le cœur qui pourrait poser un souci. Mais chez moi, jusqu’ici, touchons du bois, il est solide. J’ai une bonne hygiène de vie et je suis souple. Pourvu que cela dure... »


Éric Verschueren

« Début octobre, je comptabilisais déjà près de 500 sauts. Car oui, on tient une espèce de comptabilité des sauts. Depuis 1960, j’en suis à quelque 7000 sauts, dont 99 % en chute libre.»
"L’adrénaline, c’est addictif. Quand on n’a pas pris sa dose pendant 15 jours, on n’est pas bien..."